dimanche 24 février 2008

Beautiful Dol'


Dolorès avait quinze ans. Elle venait de quitter la maison pendant que sa mère était au téléphone avec son amant. Elle était partie en douce, l’appel de la nuit et de ses excès étant plus fort que tout.

Elle marcha lentement, traînant ses chaussures sur le sol chaud du mois de juillet. Quand elle pénétra dans la salle bondée de corps se trémoussant au rythme des sons pop du moment, tous les regards se tournèrent vers elle. Malgré ses joues de poupée rosies et ses cheveux emmêlés, une perversité insondable émanait d’elle. Elle affrontait chaque regard de son expression mutine et aguicheuse. Chaque esprit croisant la silhouette gracile et confiante ne pouvait que s’échauder après son passage lourd de langueur et de sous-entendus.

Sa robe légère moulait son corps d’adolescente. A chaque froissement de tissu, la température augmentait un peu plus. Un pouvoir de séduction transpirait d’elle, faisant de sa silhouette de nymphette un instrument d’excitation suprême. Une fois sur la piste de danse, le déhanchement gauche des hommes l’entourant se callait instinctivement sur ses ondulations si sensuelles. Les regards rivés sur elle, de même que la fièvre s’emparant de ses partenaires de danse, contribuaient à maintenir sa fougue. Le dos cambré et les mains dans les cheveux, elle se laissait transporter par la musique et se trémoussait, fermant les yeux d’exaltation puis les ouvrant brusquement. Avec assurance elle plantait ses pupilles dans celles du premier individu se trouvant face à elle, homme ou femme, adolescent ou futur parent. Sa sensualité n’avait d’égale que l’immensité de la provocation qui marquait chacun de ses mouvements.

Elle souriait, fière du pouvoir qu’elle était sûre d’avoir, convaincue d’être dotée d’une force rare et impressionnante.

Après plusieurs heures passées à se dandiner, elle s’assit au bar et commanda une limonade qu’elle sirota les yeux dans le vague. Elle savait que prendre un air grave fascinerait un peu plus son public. Elle attendait celui qui tenterait le premier de s’asseoir à côté d’elle afin de faire sa connaissance et de lui offrir un verre.

Ce fut un bel homme qui devait avoir une trentaine d’années selon elle. Comme elle s’y attendait il lui commanda un verre. Un verre d’alcool. Le premier fut léger, ceux qui suivirent de plus en plus forts. Il lui posa quelques questions auxquelles elle répondit approximativement et s’amusa à lui en poser à son tour. Il fit mine de jouer la carte de la pudeur puis se livra à une grande narration, de ses voyages à ses conquêtes de jeunesse. L’alcool aidant, il la faisait rire aux éclats. Son sourire éblouissant l’ensorcelait totalement, si bien qu’il ne pouvait décrocher son regard de l’adolescente.

Elle vacilla de sa chaise, manqua de renverser sa vodka pomme sur le veston de son courtisan. Elle éclata d’un rire sonore et se dandina. Une envie folle de danser la fit reprendre ses esprits, elle attrapa le bras de l’homme bouillonnant. Il se laissa embarquer sur la piste puis se laissa porter par la musique, se collant tout contre Lolita. Elle dansait les yeux fermés, hurlant les paroles d’une chanson en anglais. Il posa son nez dans son cou et respira profondément son parfum fleuri. Il la serra plus fort contre sa poitrine et fit descendre ses mains le long de la robe en coton. Il les posa doucement sur ses fesses puis resserra son étreinte. Dolorès se laissait maintenant conduire par son partenaire, bercée par la musique qui résonnait dans ses oreilles. Il la faisait virevolter, l’entraînant aux sons des notes rythmées. Elle s’accrochait à ses épaules, un constant sourire sur le visage. Il la serrait à l’étouffer mais elle aimait ça. Elle avait l’impression d’être si précieuse à ses yeux. Il glissa une main sous sa robe, lui caressa les cuisses, les fesses. Dolorès frémissante s’abandonnait totalement. Il remonta une main et lui caressa les cheveux. Elle le sentait se frotter contre lui, remarquant une bosse qu’il appuyait fortement sur son bas ventre. Cette constatation lui plu beaucoup. Il relâcha son étreinte, elle se laissa tomber à la renverse. Il se précipita pour la rattraper, la prit dans ses bras et l’emporta avec lui.

Il la déposa délicatement dans sa voiture, comme un trésor fragile et l’emmena chez lui. Elle s’assoupit pendant le trajet. Il la porta jusqu’à la chambre à coucher et l’installa sur le lit. Pendant qu’il sortait deux coupes de champagne, Lo se mit debout sur le lit, tituba et détacha langoureusement les boutons de sa robe qu’elle fit glisser en bas de ses pieds. Elle avait toujours ce sourire indélébile si séduisant. Il fit sauter le bouchon d’une bouteille de champagne et remplit les coupes. Dolorès était maintenant complètement nue. Elle s’approcha de lui et sirota son champagne en le regardant toujours droit dans les yeux. Il éteignit la lumière et s’allongea. Elle se glissa à ses côtés et posa la main sur sa cuisse. Elle la remonta jusqu’au bouton de son pantalon. Il lui releva le menton et appuya sa bouche charnue contre ses lèvres douces. Il vibrait de plaisir. Elle ouvrit la bouche dans un gémissement, il en profita pour y glisser sa langue. Ses mains courraient sur son corps tout entier, il palpait ses seins durs, effleurait ses frêles épaules, son ventre soyeux. Des murmures s’échappaient de sa bouche « Lo, Lola, mon pêcher, mon âme, ma Lolita… Oh Lola, embrasse-moi… Lo... Li…Ta ».

Lolita devint de plus en plus passive, perdant le contrôle de la situation au profit de celui de son partenaire. Il lui embrassa le front, le cou, les seins. Il déboutonna son pantalon, prit la main de Lo et la posa sur son phallus tendu. Elle l’enleva aussitôt. Il écarta alors les cuisses juvéniles. Elle sentit son gland humide contre son sexe. Elle serra les jambes mais il profita de ce mouvement pour enfoncer sa verge dans ses chairs. Une douleur violente la saisit au ventre, elle poussa un cri et se débattit. Il s’affala sur elle, faisant aller et venir son bassin entre ses cuisses tremblantes. Il se releva, caressa ses joues et prononça des paroles apaisantes. Elle se calma mais ne cessa pas de trembler. Il accéléra le mouvement, poussant des grognements dignes d’une bête sauvage. La douleur qui ébranlait Dolorès se faisait de plus en plus lancinante. Elle haleta, des gouttes de sueurs perlaient sur son front.

La tête lui tournait. Elle planta ses ongles dans le dos de l’animal qui la pénétrait sauvagement. Elle s’attendait à être aspirée et disparaître tant cette situation insoutenable la faisait faiblir. Elle suffoquait, se demandant ce qui l’avait conduite ici.

Lui était aux anges. Il possédait enfin ce petit démon provocant. Il allait et venait en elle, se laissant aller vers la jouissance. Il la sentait ployer, son tour était enfin venu de dominer. Il était tellement comblé qu’il remarquait à peine la douleur qu’il lui infligeait. Il avait tant attendu ce moment que seule sa satisfaction comptait. Elle contracta soudain très fort son vagin et donna des coups de reins pour se dégager ce qui amplifia l’excitation du mâle. Dans un tressaillement il éjacula en elle, laissant échapper un cri d’extase. Il se retira et se laissa tomber sur le dos. Lolita tremblotait. Soulagée d’être enfin libérée de cette étreinte insupportable mais traumatisée par ce corps à corps qu’elle avait imaginé tout autrement. Un liquide chaud s’écoula entre ses cuisses. Elle ne bougeait plus, ses forces s’étant comme volatilisées. Elle se tourna simplement de côté, se recroquevillant sur elle-même et resserra ses bras contre elle, une main sur son ventre meurtri. Elle pleura.

Elle venait de comprendre qu’elle avait voulu jouer mais que ce domaine ne se prêtait pas au jeu. Ou qu’en tout cas c’était un jeu bien trop dangereux pour elle. Réaliser qu’elle n’était pas assez solide pour absorber ces chocs là la fit sangloter. Elle qui se pensait si forte, elle qui croyait exceller dans au moins un domaine. La réalité venait de la rattraper.

Il ne suffit pas d’avoir l’allure.

Lolita, sous tes airs de grande, tu n’es encore qu’une enfant.

Texte : Fleur de Vanille


Photo :
Capture du clip Moi... Lolita par Etienne

mardi 24 juillet 2007

Ceci est un adieu


Elle a changé d’humeur. A cause de moi. Son beau sourire s’est effacé, une moue boudeuse le remplace. Elle pousse un long soupir, presque une plainte. Elle a les yeux dans la vague, comme si souvent. J’hésite à lui parler car je me doute qu’elle ne répondra pas. Elle s’est encore plongée dans ce mutisme qui m’agace tant. Elle se lève, prend une tasse qu’elle remplit d’eau et l’enfourne dans le micro-ondes. Une minute s’écoule, puis deux. Silence oppressant. La sonnerie du four la fait sursauter. Elle sort la tasse, y fait glisser deux morceaux de sucre et s’assoit par terre. Elle tourne sa cuillère avec frénésie ce qui a le don de m’exaspérer. J’aimerais me lever, lui extirper la tasse et la cuillère des mains mais ce serait le déclenchement d’une crise que je cherche à tout prix à éviter. Tout comme elle d’ailleurs. Ce thé, c’est le prétexte qu’elle a trouvé pour ne pas exploser. Elle sirote sa boisson brûlante en soufflant dessus. J’arrache les peluches de mon pull, faignant d’avoir l’air détaché. Pourtant je suis aux aguets : j’écoute sa respiration, je guette le bruissement de sa robe. J’attends qu’elle déborde. Le moment va bien finir par arriver. De toute façon, elle a beau essayer de se contenir, elle craque à chaque fois. Seulement je ne veux pas être l’élément déclencheur. Si je ne bouge pas, elle s’énervera toute seule. Aucun de nous deux n’ose ouvrir la bouche.

Elle me fixe de son regard assassin, pose la tasse sur le carrelage et se lève. Elle se met à fouiller dans l’armoire, en sort des piles de vêtements qui penchent autant que la tour de Pise. Elle attrape son sac à main et en sort un paquet de camel.Elle allume une cigarette et va s’asseoir sur la fenêtre. Elle a vraiment décidé de tout faire pour m’agacer ce soir. Elle regarde la pluie tomber et moi je suis toujours assis sur le canapé. J’attends. Je pressens l’orage. La tempête va éclater dehors mais aussi chez moi. L’atmosphère est moite, électrique. Elle a fini sa cigarette. Elle en allume une deuxième. Je me retiens pour ne pas l’engueuler. Je donne une caresse à notre chat qui miaule pour en obtenir davantage. Elle tourne la tête un court instant et se remet à fixer l’horizon. Elle sort un élastique de sa poche et s’attache les cheveux en queue de cheval. Elle descend de son perchoir et jette le paquet de cigarette sur le tapis. Le chat a la mauvaise idée de se mettre en travers de son chemin en miaulant. Elle lui flanque un coup de pied et se met à pester, lui criant de dégager. Je la regarde interloqué et lui rappelle que l’animal n’y est pour rien. Elle part dans la chambre et revient avec son gros sac de voyage dans lequel elle balance les piles de vêtements. Elle a entamé son manège. Cette fois-ci la scène sera plus recherchée, plus impressionnante. On dirait qu’elle a décidé de peaufiner l’acte, ma tragédienne. Ses mouvements sont brefs mais assurés, décidés. Elle se laisse emporter par sa colère sauf que là elle va trop loin. Dans quelques heures elle se jettera dans mes bras en m’implorant de la pardonner mais il me faudra du temps parce qu’elle commence à me fatiguer. On se réconciliera encore cette fois et ça terminera sous la couette.

Une porte qui claque me tire de mes pensées. Elle s’est enfermée dans la salle de bain. Elle en ressort au bout de dix minutes qui m’ont semblées interminables. Elle s’est changée, elle a troqué son short noir contre ce jean moulant qui m’excite tant et son tee-shirt rose contre son pull en cachemire noir. Elle s’est maquillée, les paillettes de ses yeux accrochent la lumière tamisée du salon. Elle est belle. Elle glisse ses pieds dans ses converses délavées et s’abstient d’en faire les lacets. Elle m’énèrve à ne rien dire. Crie bordel ! Engueule-moi ! Je ne dis rien. Elle me regarde droit dans les yeux. J’arrive à lire la tristesse dans son regard. Comment puis-je lui faire autant de mal sans le faire exprès ? C’est malgré moi, tout ça. J’ai envie de me lever, de lui faire arrêter son petit jeu ridicule, de lui dire que la pièce est terminée, que ça commence à bien faire ses conneries putain ! Mais mon orgueil m’en empêche. Et puis de toute façon elle reviendra, elle ne peut pas se passer de moi. Une femme amoureuse s’excuse toujours, même si ce n’est pas elle la fautive.

Elle a fini de faire sa valise. Elle a tout vidé et ça commence à m’inquiéter. Pour une simple scène elle n’aurait pas tout sorti vu le temps qu’il va lui falloir pour tout ranger... Elle va chercher un grand sac plastique H&M et y met toutes ses chaussures. Elle attrape sa pile de CD et de DVD qui rejoignent les escarpins, les bottes et les baskets. Elle décroche le cadre hébergeant son petit frère qu’elle avait mis dans l’entrée. J’ai une boule dans la gorge. Je la regarde faire, dépité. Pour la première fois, j’ai vraiment peur. Je comprends qu’elle ne fait pas semblant. J’ai tout gagné. Enfin, j’ai perdu plutôt. Je serre les poings, j’ai envie de cogner, de m’exploser les métacarpes. Mon ange s’envole. C’est impossible. Tout ça pour une connerie, un malentendu. C’était trop pour elle. Je voudrais lui demander pardon, lui dire que je suis un salaud, qu’il ne faut surtout pas qu’elle parte, que je serai perdu sans elle, que c’est la femme de ma vie, que je l’aime. Toutes ces choses que je ne lui ai jamais dites, ce serait l’occasion de les lui révéler. Mais je n’arrive pas à me livrer, à me confier, à lui montrer mon amour. Elle a fini de regrouper ses affaires. Elle s’agenouille et appelle Coton, notre chat. Il s’approche timidement, refroidi par la violence du dernier contact avec sa maîtresse. Elle avance vers lui à quatre pattes et le prend dans ses bras. Elle lui caresse le menton et lui fait des bisous sur la tête. Pas rancunier, l’animal se met à ronronner comme un moteur fonctionnant aux câlins. Elle se met à pleurer et lui demande pardon pour toute à l’heure. Son maquillage coule et elle a les yeux tout noirs, comme souvent. Elle serre fort Coton dans ses bras. J’aimerais être à sa place, sentir la chaleur rassurante de son corps contre moi, l’entendre me murmurer des mots doux. Je n’ai droit qu’à un regard triste, sinistre. Elle repose le chat et se relève. Je me rends compte que je suis fou d’elle. Pourquoi ne lui ai-je jamais dit ? Il n’est peut-être pas trop tard. J’essaye de formuler des phrases dans ma tête, je ne sais pas comment commencer. J’ai tant pris l’habitude de lui dire des paroles qui la noient dans le chagrin, qui la blessent, que je ne sais pas comment m’y prendre. J’ouvre la bouche tout en fixant le tapis qu’elle va sûrement bientôt rouler parce qu’il est à elle, je rassemble mes forces pour l’implorer de m’écouter mais je n’en ai pas le temps. C’est elle qui s’est mise à parler la première. Ses mots résonnent encore en moi. Ces phrases qui ont eu l'effet d'un coup de poignard me hanteront à vie. « Ce soir tu m’as convaincue que la décision que j’ai prise était définitivement la bonne. Je porte ton enfant, jusqu’à demain. Adieu. »

Je reste abasourdi sur mon canapé, essayant d'encaisser la claque que je viens de recevoir. Je suis trop secoué pour pouvoir bouger ou dire quoi que ce soit.

Ma fierté a laissé place au regret.

Texte : Fleur de Vanille


Photo : Getty Images

mercredi 18 juillet 2007

Souffrance à petit feu


Encore cette amertume qui coule en elle.

Après plusieurs mois, elle vacille toujours. Elle a déjà failli tomber plusieurs fois. Le vide l’angoisse, lui fait peur. Pourtant elle s’obstine. Elle marche sur la corde raide qui lui semble infinie. Elle croit à la fin de son supplice. C’est pourquoi elle continue à prendre des risques. Elle pose délicatement ses petits pieds l’un devant l’autre pour progresser le plus sûrement possible. Elle n’hésite pas à faire un pas en arrière quand elle entend les fils craquer.

Elle serre les dents, feignant d’ignorer l’obscurité qui l’entoure et qui rend son parcours incertain. La tête lui tourne. Elle chancelle. Il serait pourtant si simple de rebrousser chemin et de laisser s’éteindre la douleur lancinante de son chagrin, quitte à recommencer un nouveau périple, ailleurs, dans un endroit moins hostile. Mais elle n’abandonnera pas. Elle préfère encore une chute violente inattendue qui la brisera en mille morceaux. Elle les recollera. Ou pas.

En attendant elle se contente de miettes d’attention priant pour qu’un jour son bonheur soit constant. C’est absurde, elle en est consciente. Elle sait bien qu’il ne lui appartiendra jamais. Elle n’arrive pas à l’apprivoiser. Elle se doute qu’à force elle y laissera sa peau mais c’est plus fort qu’elle. Même écorchée vive elle trouve le courage de se battre. Les bribes de plaisir qu’elle obtient lui mettent l’eau à la bouche. Elle veut plus. Elle voudra toujours plus. Encore. Davantage. Elle ne se résignera pas. Cette guerre froide aura raison d’elle, peut-être. Elle se fait mal. La raison ? Elle a choisi de souffrir plutôt que de se contenter de tiédeur. Périr dans une quête qui devrait la mener à l’extase, elle préfère. Et tant pis si elle étouffe dans son chagrin.

dimanche 15 juillet 2007

L'inconnu de la plage


Lunettes posées sur mon délicat petit nez, je fais glisser mon short en bas de mes pieds. Le soleil est au rendez-vous, comme chaque jour. Je m’installe, prête à dorer un peu plus ma peau pain d’épice. Postée sur ma serviette, je scrute l’horizon. La mer est belle, calme. Je sors mon Ipod et enfonce les écouteurs blancs dans mes oreilles.

Je me sens vivre. Comme j’aime les vacances. Cette impression de légèreté, de liberté. Je peux enfin tout oublier. J’aimerais que mes vacances ne s’arrêtent jamais.

Le soleil picote ma peau mais c’est une douleur très agréable alors je le laisse faire. J’enfonce mes mains dans le sable chaud, je le fais couler entre mes doigts.

La chaleur devient vraiment insoutenable, je décide d’aller me rafraîchir dans l’eau.

Je me brûle les pieds alors je me mets à courir vers la mer pour me jeter dedans. Je saute par-dessus les vagues et je trébuche. Je m’écroule dans les flots bleu ciel et plonge jusqu’à toucher le sol. Je reste le plus longtemps possible sous l’eau, j’ai l’impression que mes poumons vont exploser. Un coup de talon et je refais surface, inspirant de toute mes forces l’air frais de la Grande-Motte.

Après quelques brasses, je reviens sur la plage. J’évite de justesse le château de sable d’un petit garçon qui penche dangereusement. Il me jette un regard noir. J’esquisse un sourire et accélère le pas redoutant un coup de pelle…

La plage est noire de monde. Je constate qu’une famille s’est installée à quelques mètres de ma serviette. On vient me bousculer dans mon périmètre d’intimité, je n’aime pas beaucoup ça… Je regagne ma place en traînant les pieds. Je me laisse tomber dans un soupir et observe l’activité de la plage. Je daigne enfin jeter un coup d’œil à mes voisins de serviette… Un beau jeune homme brun me regarde avec insistance et me lance un grand sourire. Je suis troublée et je me mets à paniquer. Je sens mes joues s’empourprer. Je me mets moi aussi à sourire bêtement. Je fais mine de chercher ma crème solaire dans mon sac. Je lève les yeux, il n’a pas bougé, ses yeux sont toujours posés sur moi et son sourire m’éblouit encore. J’ai chaud.

Finalement ce n’est pas si mal la proximité. Au diable mes pensées égoïstes ! Il faut se serrer pour que tout le monde ait de la place. Je me lève afin de secouer ma serviette, j’envoie un peu de sable dans la direction du beau jeune homme (sans faire exprès !) et me confonds en excuse. La honte… J’étale ma serviette en la rapprochant un peu de la sienne et m’allonge. J’ose à peine respirer. Ce n’est plus le soleil qui caresse ma peau, c’est son regard. Je le sens chatouiller mes pieds, mes jambes, mon ventre, ma bouche, mon nez… Il va finir par me connaître par cœur !

Une ombre passe au dessus de moi. J’ouvre les yeux. Ma mère range les affaires. Il est déjà l’heure de rentrer, on nous attend au restaurant. Je n’ai pas vu le temps passer. Je me lève à contrecœur, j’enlève mes lunettes et le regarde une dernière fois. Il m’adresse un dernier sourire. Adieu bel inconnu.

Il est neuf heures et je suis déjà sur la plage. Je passe à côté du glacier. Aujourd’hui ce sera vanille-chocolat-noix-de-coco s’il vous plait. Je me brûle les pieds dans le sable, comme d’habitude. Je saute d’un pied sur l’autre en léchant ma glace qui fond à une vitesse incroyable. J’arrive à ma place, celle que j’occupe chaque jour depuis une semaine.

Il est lààà !!! En train de lire un énorme pavé. Je fais semblant de ne pas l’avoir vu et commence mon rituel quotidien : 1. j’étale ma serviette, 2. je m’assois, 3. je sors mon Ipod, 4. je scrute la plage. 5. je m’étale… 4. bis je tourne la tête vers lui. Il m’a vue ! Et voilà un petit sourire. Le premier d’une grande série. Jeu de regard qui dure toute la journée, jusqu’à l’heure des aux revoirs silencieux. Un coup d’œil vers la droite… A demain.

Je ne me suis pas trompée. Il est là. Il me regarde passer. Je me poste sur ma serviette et le jeu recommence. Ca dure depuis une semaine. Toute une semaine remplie uniquement de regards et de sourires. Je n’ai plus peur, je me laisse observer avec docilité. J’y prends un plaisir fou. Demain j’irai peut-être lui parler. Les heures défilent toujours aussi vite. Quand vient l’heure de quitter la plage, je remarque à côté de mon sac un papier plié en quatre. Je le déplie avec agacement. C’est quoi encore ? Je commence à lire et je sens mon cœur se serrer. Mon ventre se noue. Je le relis une deuxième fois :

Bonjour,

Je suis Massimo et je parle Italien.

Je veux te connaitre mais je parle pas bien le français

Je te donne :

Msn :

Téléphone :

Si tu veux me contacté...

Bisous

Ton admirateur de la plage...

Je serre fort le papier dans ma main. J’ai encore ce sourire béat qui s’affiche sur mon visage. Je sais que demain il ne sera plus là. C’était le dernier jour de ses vacances, c’est pour ça qu’il s’est jeté à l’eau. Il m’a laissé un signe, une trace alors j’ai quand même le cœur léger.

Texte : Fleur de Vanille {inspirée des vacances de Cindy}

Photo : Cindy

Evasion


Petite Ange est assise sur son nuage, lasse. Elle se penche pour contempler la Terre. C'est gris, embrumé, mouvementé. Comme ses pensées. Elle fredonne une mélodie. Lalalala. Elle pense à sa vie, à ses envies, elle s'ennuie.





Mais soudain elle entend quelqu'un. C'est Petite Do qui s'avance doucement. Timidement.
- Viens, approche ! N'ais pas peur, lui dit Petite Ange. Tu t'es perdue ?
- Non, je m'enfuis.
- Ah bon ?! Tu t'enfuis d'où ?
- De ma vie, de mes pensées.
- Tu sais, ce n'est pas une solution. Fuire la réalité ne fera qu'empirer tes soucis, cela ne les fera pas disparaitre. Au contraire, vouloir t'évader va les faire grossir, grossir, grossir. Et tout sera pire !
Sur ces paroles Petite Do éclate en sanglots. Elle a l'air bouleversé. Petite Ange en est toute contrariée, elle essaie de l'apaiser, de la rassurer mais rien n'y fait.

- Comment vais-je faire alors ? Je voulais m'envoler, pour tout oublier, tout effacer mais tu me dis que c'est impossible. Je suis perdue, ma vie est fichue, rien ne changera jamais.
- Ecoute, il ne faut pas désespérer. Tes soucis ne sont qu'une petite partie de ta vie. Tout le monde a droit au bonheur.
- Non, pas moi. Mon petit coeur est vide, vide, vide. Je voudrais tant le remplir de beaux et grands sentiments. D'amour, de passion, de tendresse, d'amitié... Seulement je crois que je n'y ai pas droit. Et tout cela me rend triste, si triste.
- Mais non voyons ! Le bonheur est dans chaque recoin de ton coeur, les soucis, les ennuis, les états d'esprit tout gris essayent d'envelopper tes jolies pensées. Alors tu ne vois que le mauvais côté, le côté assombri. Pourtant, il y a aussi un côté agréable et tout rose mais si tu reste campée du mauvais côté tu ne t'en apercevras jamais. Ta vie n'est pas foutue, au contraire. Et tu sais pourquoi ? Parce que ton petit coeur bien que tu le crois exclu d'avoir droit au bonheur, est rempli de sentiments. Les sentiments t'aident à aller de l'avant, c'est grâce à eux que tu puises la force de croire que chaque jour est un bonbon différent, délicieux, mais dont on ne se lasse jamais d'apprécier la saveur. Les gens qui laissent parler leur coeur, ces gens là qui connaissent le langage des sentiments, s'en sortent toujours. Car ils savent parler le langage universel de la vie.
Un coeur qui bat en rythme avec ta tête, un coeur qui s'emerveille, un coeur qui est touché par ce que les Autres appellent banalité, c'est un coeur qui vit. Oublie tous ces gens que tu crois heureux. Ils font semblant. Ecoute ton coeur, écoute ce qu'il ressent. Même si aujourd'hui ce qu'il te dit ce n'est pas ce que tu attends, ça ne fait rien, laisse-lui prendre son temps. Le chagrin qui pique dans ton ventre et dans tes yeux, le désarroi qui te laisse cette impression de vide, tu les sens en toi, c'est donc que tu vis. Apprends à les dompter, à les apprivoiser. Quand ils seront calmés, ils s'en iront. Tout vient à point.
- Oh c'est joli. Mais je ne sais pas comment faire partir ce chagrin. Je ne pense pas que le temps suffise. Il doit y avoir un moyen. J'en ai marre de ce vide en moi.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu n'es pas vide ! Les gens vides sont les gens qui ne ressentent rien, les gens fades, individualistes et aigris. Toi tu as une âme noble, tu es à fleur de peau, tu es pleine de sensibilité. Alors tu es tout sauf vide.
- D'accord, j'ai des sentiments qui sont preuve que je vis, mais c'est quoi ma vie ? Mes sentiments sont ceux qu'on ressent en présence du Rien. Le Rien je le hais. Tout est sa faute !
- Le Rien c'est aussi celui qui donne de l'intérêt à chaque jour que Dieu fait. Imagine-toi avec Tout. Ce serait horrible. C'est parce que Rien est à tes côtés que ta tête s'emplie de rêves et de pensées d'avenir.
- Mais alors qu'est-ce que je dois faire ?
- Apprends à t'écouter, tout simplement. Tu verras, ça ira beaucoup mieux. Mais attention, j'ai dit "t'écouter", pas "te lamenter". C'est différent.
- Je crois que j'ai compris...
- Alors c'est l'essentiel.
- Comment fais-tu pour savoir si bien ce qui me convient ? C'est étonnant.
- C'est peut-être parce que, moi aussi, je souffre dedans...

Texte : Fleur de Vanille {écrit pour Doriane en mai 2oo6}

Photo : ?

De la pluie dans les yeux


- Tu pleures ?
- Nan...
- Mais si tu pleures ! J'le vois bien, y'a une larme qui roule...
- C'est une goutte, il commence à pleuvoir on dirait... Va falloir rentrer.

Il essuie ma joue, pose son doigt sur sa langue.
- Menteuse ! C'est salé !
- La pluie c'est toujours salé, t'as crû que c'était l'eau du robinet qui tombe du ciel ?
- Arrête, me prends pas pour un con ! Je le vois bien qu'ils sont aussi dans tes yeux les nuages... Qu'est-ce que t'as ?
- Mais rien !
Je vois de l'inquiétude dans son regard. Il a arrêté de sourire. J'ai les mains qui tremblent. Il se rapproche un peu plus près de moi, il hésite à me prendre dans ses bras... Je fixe le fond du jardin, je ne sais même pas ce que je regarde, tout, rien... L'arrosoir un peu rouillé, le ballon de Julien à moitié dégonflé, la niche du chien, le râteau qui n'a encore une fois pas été rangé... Tout est bon pour éviter de croiser ses yeux et ne pas craquer. Parce que je sais que sa tête est rivée vers moi, qu'il sonde chaque pore de ma peau pour essayer de comprendre. « qu'est-ce qu'elle a ? » doit-il se demander.

- Ben qu'est-ce que t'as ?
- Rien. Il est beau le ciel, tout orange comme ça. J'aime bien quand le soleil se couche, qu'il prend ces couleurs là.
Diversion ratée. Il n'est pas si facile à berner. Je sens son menton se poser sur mon épaule. Il respire fort. Je me risque à tourner la tête vers lui, c'est plus fort que moi. Je n'arrive pas à demeurer plus de cinq minutes sans scruter son visage. Il lève ses grands yeux clairs vers moi, tout écarquillés. Je mors mes lèvres, je plisse les yeux pour retenir mes larmes et je souffle un grand coup pour évacuer. Malgré cela je sens le chagrin monter et je ne peux plus l'empêcher de déborder. Je baisse la tête, espérant que mes cheveux arriveront à cacher mon visage qui, je le sais, sera bientôt bouffi, rougi et enlaidi. Il relève le menton :
- Qu'est-ce que tu as ma puce ? Dis-moi !
- J'ai peur...
Oh non mais qu'est-ce que je fais ? Ca y'est j'ai ouvert la porte, il va rentrer, tout me faire déballer. Laisse-moi. Laisse-moi me noyer.
- Faut pas avoir peur, je suis là...
Il me prend dans ses bras et me berce tout doucement. Je pleure sur son épaule, comme une gosse. Ca fait du bien. Il ne me demandera rien d'autre, n'ajoutera rien, ne dira rien de plus. Il a compris. On reste là, assis dans l'herbe, en attendant que le froid de la nuit qui tombe vienne nous cueillir et nous fasse rentrer...

Texte : Fleur de Vanille

Photo : Getty Images

Je t'emmerde


- Je t'emmerde !
- Non mais tu as vu comme tu me parles ?
- Je m'en fous !
- Tu pourrais être moins vulgaire. Je t'ai connue plus glamour.
- Et alors ? Ca change quoi ? Même si j'avais la classe la plus infinie tu changerais d'avis à mon égard ? Non. Tu t'en tapes de moi, alors lâche-moi. Qu'est-ce que tu fais là d'ailleurs ?
- Arrête de dire n'importe quoi. Je m'inquiète pour toi.
- Ah oui ? Et depuis quand ? Tu t'es demandé comment j'allais quand je passais mes journées enfermée dans le noir à essayer de t'oublier ? Tu es venu me voir quand j'ai raté ma première année de fac parce que j'avais perdu goût à la vie après que tu m'ais laissée tomber ? Jamais tu ne t'es demandé si j'allais m'en sortir. Maintenant que je reprends une vie normale, que j'ai des amis, que je sors, tu viens te soucier de moi et me donner des leçons ?
- Tu fais des conneries, c'est normal que je m'inquiète pour toi. Si j'ai coupé les ponts après t'avoir quittée c'était pour que ce soit plus facile pour toi et pour moi...
Vas-y rigole !
- Ouais je rigole, tu me fais mourir de rire ! C'est tellement vrai ce que tu dis. Bien sûr, quand quelqu'un va mal, ça fait chier, ça fout le moral au grand zéro. Alors on raye la personne de sa vie, comme ça ni vu ni connu, on l'oublie, on oublie son chagrin, on tire un trait. E-ffi-cace !
- Tu sais très bien qu'en continuant à me voir tu te serais enfoncée encore plus. C'était pour notre bien à tous les deux. Crois-le ou non mais moi aussi j'ai souffert. Tu m'as manquée mais je n'avais pas le choix, sinon on n'aurait jamais tourné la page. Tu crois que j'ai pu t'oublier comme ça ? Après tout ce qu'on a vécu ? Bien sûr que j'étais malade de savoir que tu n'allais pas bien, mais je ne pouvais rien faire.
- Et aujourd'hui tu crois que tu peux débarquer à nouveau dans ma vie comme Zoro et me sauver alors qu'il y a un an tu ne pouvais rien pour moi ? Tu t'es mué en Superman entre temps ?
- Ne fais pas celle qui ne comprend pas, s'il te plait. Je ne pouvais rien au chagrin que je t'infligeais. Aujourd'hui c'est différent, tu as des problèmes et je ne veux pas te laisser te détruire.
- Ah ouais des problèmes ? Et si jusqu'à présent mon problème ça avait été de t'avoir rencontré ? Et si là maintenant justement je profitais vraiment de la vie ?
- Tu sais très bien que c'est faux. Tu te détruis. Tu prends des saloperies et tu crois que ça t'aide à te sentir mieux ? C'est ça profiter de la vie ? Se taper des rails de coke ? Sortir jusqu'à l'aube dans toutes les boites de la ville ? Se saouler avec des minables que tu appelles amis ? Tu es contente de ça ? Ca te fait plaisir de te laisser aller dans la déchéance ?
- T'as pas le droit de me juger ! C'est ma vie, je fais ce que je veux ! Tu t'es tiré du jour au lendemain et là il faudrait que je t'écoute ? Ben j'ai pas envie ! Te voir te soucier de moi, ça m'écoeure ! Tu me dégoûtes, alors dégage !!!
- Lisa, arrête s'il te plait ! Je sais que je t'ai fait du mal, je le sais. Mais laisse-moi t'aider maintenant. Ma Lili... Je m'inquiète pour toi. Laisse-moi prendre soin de toi. On a changé en un an, on peut essayer de se comporter comme des grands, de se parler sans s'insulter, tu ne crois pas ?
Elle éclate en sanglots :
- Mais pourquoi tu reviens vers moi ? Pourquoi ? J'ai enfin réussi à passer à autre chose mais c'est encore trop fragile et tu le sais. Ne me fais pas craquer. Pourquoi revenir maintenant et rouvrir les plaies ?
- Parce que j'ai compris un truc... Un truc que l'année passée sans toi m'a claqué à la gueule chaque jour, un truc que j'essayais d'oublier, d'enfouir. J'ai pas réussi, même après un an. Tout ce temps sans toi, je l'ai passé à essayer de me raisonner, à essayer d'effacer ta présence de ma mémoire... mais j'ai pas réussi. La seule chose qui a marché c'est que j'ai pris conscience d'un truc... Je t'aime ma Lili, pour toujours.

Texte : Fleur de Vanille

Photo : Getty Images