
- Tu pleures ?
- Nan...
- Mais si tu pleures ! J'le vois bien, y'a une larme qui roule...
- C'est une goutte, il commence à pleuvoir on dirait... Va falloir rentrer.
Il essuie ma joue, pose son doigt sur sa langue.
- Menteuse ! C'est salé !
- La pluie c'est toujours salé, t'as crû que c'était l'eau du robinet qui tombe du ciel ?
- Arrête, me prends pas pour un con ! Je le vois bien qu'ils sont aussi dans tes yeux les nuages... Qu'est-ce que t'as ?
- Mais rien !
Je vois de l'inquiétude dans son regard. Il a arrêté de sourire. J'ai les mains qui tremblent. Il se rapproche un peu plus près de moi, il hésite à me prendre dans ses bras... Je fixe le fond du jardin, je ne sais même pas ce que je regarde, tout, rien... L'arrosoir un peu rouillé, le ballon de Julien à moitié dégonflé, la niche du chien, le râteau qui n'a encore une fois pas été rangé... Tout est bon pour éviter de croiser ses yeux et ne pas craquer. Parce que je sais que sa tête est rivée vers moi, qu'il sonde chaque pore de ma peau pour essayer de comprendre. « qu'est-ce qu'elle a ? » doit-il se demander.
- Ben qu'est-ce que t'as ?
- Rien. Il est beau le ciel, tout orange comme ça. J'aime bien quand le soleil se couche, qu'il prend ces couleurs là.
Diversion ratée. Il n'est pas si facile à berner. Je sens son menton se poser sur mon épaule. Il respire fort. Je me risque à tourner la tête vers lui, c'est plus fort que moi. Je n'arrive pas à demeurer plus de cinq minutes sans scruter son visage. Il lève ses grands yeux clairs vers moi, tout écarquillés. Je mors mes lèvres, je plisse les yeux pour retenir mes larmes et je souffle un grand coup pour évacuer. Malgré cela je sens le chagrin monter et je ne peux plus l'empêcher de déborder. Je baisse la tête, espérant que mes cheveux arriveront à cacher mon visage qui, je le sais, sera bientôt bouffi, rougi et enlaidi. Il relève le menton :
- Qu'est-ce que tu as ma puce ? Dis-moi !
- J'ai peur...
Oh non mais qu'est-ce que je fais ? Ca y'est j'ai ouvert la porte, il va rentrer, tout me faire déballer. Laisse-moi. Laisse-moi me noyer.
- Faut pas avoir peur, je suis là...
Il me prend dans ses bras et me berce tout doucement. Je pleure sur son épaule, comme une gosse. Ca fait du bien. Il ne me demandera rien d'autre, n'ajoutera rien, ne dira rien de plus. Il a compris. On reste là, assis dans l'herbe, en attendant que le froid de la nuit qui tombe vienne nous cueillir et nous fasse rentrer...
Texte : Fleur de Vanille
Photo : Getty Images
1 commentaire:
Wahou Ange.
C'est sublime... On se sent proche de toi. On a envie de retenir nos larmes nous aussi...
En esperant te voir très bientot...
Bisous...
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